Le microcrédit, pensez-y !
L’Association pour le droit à l’initiative économique (ADIE), qui a développé en France le microcrédit pour créer son activité, a-t-elle été plus sollicitée avec la crise ? “Pas de façon significative”, m’a répondu à regret Thierry Lurienne, directeur de l’ADIE en Normandie : en Haute et Basse Normandie, elle a financé 360 entreprises, contre 330 en 2008, soit une hausse équivalente à celle des années précédentes. Pourtant, il en est convaincu : à l’heure où il est plus difficile de trouver du travail, où des milliers de personnes se lancent avec le statut d’auto-entrepreneur, où les banques prêtent moins facilement qu’avant, et où les petits entrepreneurs sont confrontés à une chute de leur chiffre d’affaire, “le besoin est là”.
POUR LES EXCLUS DU PRÊT BANCAIRE
L’ADIE ne s’adresse pas forcément aux victimes des récents plans sociaux, qui peuvent en général se lancer avec leurs indemnités de licenciement. Mais “à ceux auxquels les banques ne prêtent pas”, toujours plus nombreux : chômeurs de longue durée, bénéficiaires du RSA, travailleurs précaires, femmes au foyer, à qui un prêt de 3 000 euros en moyenne suffit. Alors que cela me semble peu, Thierry Lurienne m’explique que “50 % des créations d’entreprises se font avec moins de 8 000 euros”.
Alors, il cherche des raisons à l’essor modéré : “On n’est pas encore assez connus”. Il pense aussi que “des gens retardent leur projet, se cantonnant parfois au travail au noir, en raison du contexte”. Mais lui dit que “ce qui compte, c’est la motivation, et comment on se prépare et on s’adapte à la nouvelle situation”. Cela me fait penser à Lidgia Gomis, cliente de l’ADIE qui m’a accueillie dans son salon de coiffure africain à Rouen, créé avec succès cet hiver. Et aux 80 % des clients de l’ADIE qui se déclarent optimistes, selon un sondage CSA publié en juin. Enfin, dit-il, “le nouveau statut d’auto-entrepreneur, que nous avons soutenu, a tellement simplifié les démarches pour lancer son activité que des gens qu’on aurait pu aider ont sans doute sauté le pas seuls”. C’était d’ailleurs le cas de Renaud, 23 ans, rencontré la semaine dernière.
Mais le directeur régional de l’ADIE met en garde : “en se lançant avec ses fonds propres, on n’a pas toujours assez de matériel et de trésorerie pour décoller”. D’où l’intérêt selon lui, de penser au microcrédit pour soutenir et développer son activité en ces temps difficiles. L’ADIE a d’ailleurs lancé ces derniers mois le microcrédit rebond, “un peu plus long, moins cher et au remboursement différé”. S’il dit qu’”on refinance sans doute plus avec la crise”, il parle aussi “de chefs d’entreprise qui se referment sur eux-mêmes. Et quand ils nous sollicitent, il est parfois trop tard…”
“D’autres accusent un peu vite la crise. Ils ont donc plus de mal à accepter qu’il faut peut-être changer de méthode”. Il rappelle que l’association organise des formations à la gestion, à la communication, au développement de la clientèle, du conseil personnalisé. “C’est gratuit et ce n’est pas obligatoire, ce qui me semble bien, mais certains doivent se dire que du coup, cela a moins de valeur…”
EMPLOIS NON DÉLOCALISABLES
C’est notamment pour financer cet accompagnement que l’association à but non-lucratif prête à un taux élevé, de 9,71 %. Et aussi parce qu’elle est moins aidée par les pouvoirs publics. “Des conseils généraux ont arrêté de financer notre accompagnement à la création d’entreprises des bénéficiaires du RSA. Et cette activité est désormais soumise à un appel à projet, ce qui veut dire qu’on est en concurrence avec d’autres acteurs”.
Thierry Lurienne ne peut s’empêcher de regretter, et cela me rappelle les propos d’un délégué CGT sur les largesses de l’Etat envers Renault, que “les politiques font beaucoup pour les grandes entreprises, mais oublient trop souvent les petites fourmis, les 90 % des entreprises qui naissent avec une seule personne. Alors qu’elles créent de la richesse, et des emplois non délocalisables !”