Ma microentreprise créée avec la crise
Lidgia Gomis me fait l’effet d’un antidote à la crise. Elle a ouvert son salon de coiffure africaine, Djélivia, alors qu’on ne parlait que de récession, en décembre, mais cela ne lui a pas fait si peur :
Et elle m’a raconté tout ça, avec enthousiasme et en riant beaucoup, tout en m’offrant un thé, en finissant de tresser des “vanilles” à une petite fille avec l’aide de sa cliente et amie, puis en “cousant” un tissage sur Ingrid, une jeune maman qu’elle tutoie aussi.
Je l’ai rencontrée grâce à l’Adie, qui lui a accordé un microcrédit : “Je suis pas passée par la case banque, parce que je suis fichée à la Banque de France”, lâche-t-elle sans s’apesantir. C’est une amie employée de banque qui lui a parlé de l’association. Elle a emprunté 5 800 euros, “pour ne pas prendre trop de risques”, et a aussi mis 3 000 euros. Je lui dis que ce n’est pas énorme, elle trouve que c’est déjà bien.
Lidgia a commencé à tresser à 9 ans, elle en a 34. Monter son salon, elle y songeait depuis longtemps, sans oser, “et je pensais qu’il fallait acheter les locaux, pas qu’on pouvait louer”. Elle a passé un BEP de secrétariat-communication, bossé dans l’animation, la restauration rapide, a gardé des enfants entre la naissance de ses deux filles, puis “six ans dans la vente, ça m’a donné de l’expérience”, mais elle en a eu marre, et a démissionné. Et puis, un événement personnel – elle dira après que c’est la mort de son père – l’a décidée : “On n’est pas là pour longtemps, il faut bien essayer”.
Elle a fait une étude de marché, avec des questionnaires, “pour savoir ce qui ferait venir les filles dans mon salon”, alors qu’il y en a d’autres, et que “la moitié des Africaines savent tresser et peuvent se coiffer entre elles”. Il y avait la convivialité - et à la voir j’imagine que cela n’était pas un obstacle - la créativité, et le prix. “Le rapport qualité-prix”, complète Ingrid. Lidgia me raconte comment elle a fixé le prix d’un tissage, moins cher qu’à Rouen mais plus qu’à Château-rouge, à Paris. Quand elle s’est mis en quête de locaux, elle a d’abord essuyé un refus :
C’est comme ça qu’elle a atterri Rive droite, un peu loin de la clientèle qu’elle ciblait. “Mais elles viennent quand même, et puis ici, j’ai des clientes blanches”, et cette mixité lui fait plaisir. Elles se sont mises au tissage ou aux extensions brésiliennes, “c’est bien moins cher que les extensions dans un salon européen”.
Lidgia me sort des photos, me dit que ses clientes sont ses meilleures ambassadrices, elle a payé une pub dans Miss Ebène - “grâce à un prix d’ami”, et le photographe a dit que ce serait mieux de la prendre elle plutôt que le salon, sa cousine l’a maquillée, je rigole parce que c’est au moins la cinquième fois qu’elle me parle d’une relation qui l’a aidée… “C’est vrai que je suis bien entourée ! Mais on vous a jamais dit que les Noirs ils se connaissent tous ?”
En tout cas, ça marche, “mieux que le prévisionnel”. Les 750 euros de recettes mensuelles sont devenus 1 600 en moyenne, elle paie ses charges, songe à bientôt acheter un bac à shampooing, et patiente avant de pouvoir se verser un salaire :
Lidgia dit qu’avec son compagnon, qui travaille, ils ont fait le choix de “baisser le niveau de vie”. Que “c’est du stress, mais un stress choisi”. Et elle a l’air de trouver particulièrement formidable que plus personne ne lui dicte ses horaires.